Biblio de Treichville

 

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PROJET-PILOTE BIBLIOTHÈQUE PUBLIQUE DE TREICHVILLE

PRÉAMBULE

Ce projet a été réalisé avant que le RIC n'existe. Nous tenons toutefois à faire connaître ce projet car il a été piloté par Lara Langlais, notre chargée du partenariat en Côte d'ivoire.

BREF HISTORIQUE DU PROJET

En 1995, suite à deuxième voyage en Côte d’Ivoire, j’ai eu le coup de foudre pour ses habitants et pour le pays. Je suis revenue au Canada, bien déterminée à venir en vivre en Côte d’Ivoire et désireuse d’apporter mon grain de sel. C’est ainsi que l’idée de créer une bibliothèque mobile qui desservirait plusieurs écoles a germé.

Des démarches personnelles m’ont alors permis d’amasser des centaines de livres, dont la majorité m’ont été offerts par l’école Marguerite d’Youville de Sainte-Foy. Je remercie ici les Sœurs de la Charité de Québec, en particulier sœur Rachel Thiboutot, qui m’ont fait confiance dans ce projet et qui, en plus des livres, ont donné leur temps et leur bonne humeur pour trier et emballer les livres.

Le transport des livres m’a été offert gratuitement par Rougier, une compagnie pharmaceutique, à peine quelques jours avant mon départ. Pendant ce temps, en Côte d’Ivoire, monsieur N’guessan Kouamé faisait des démarches pour trouver un partenaire qui serait intéressé par le projet.

C’est ainsi que la Commune de Treichville a été impliqué dans le projet. Je remercie tout le personnel des Services Techniques pour le transport des livres de Yopougon jusqu’à Treichville, et pour avoir mis à contribution leurs muscles pour déplacer les caisses qui contenaient 3000 livres ! C’était en octobre 1999.

Les travaux d’aménagement de la bibliothèque commencent alors dans le local qui était celui des archives de la Mairie de Treichville, à la SOPIM près de la Bourse du Travail. À la fin du mois, la bibliothèque était prête à accueillir ses premiers lecteurs.

Photos de la bibliothèque
 

Fonctionnement de la bibliothèque

Heures d’ouverture

La bibliothèque était ouverte du lundi au samedi inclusivement.

Abonnement et tarification

Pour accéder à la bibliothèque, les clients devaient détenir une carte de membre, dont le coût variait en fonction de l’âge, chez les enfants, et selon l’occupation, chez les adultes.

Le coût de la carte s’échelonnait de 500 FCFA à 5000 FCFA. Cependant, compte tenu de la réalité culturelle, sociale et économique de la population de la Commune, nous avons ensuite permis aux clients, principalement des enfants, de consulter les livres sans détenir une carte de membre, moyennant le paiement de 100 FCFA, pour une période de 3 heures. L’introduction d’une période de trois heures avait pour but d’obliger les enfants à quitter la bibliothèque pour rentrer à la maison manger quelque chose à midi. Autrement, plusieurs d’entre eux ne seraient pas sortis de la bibliothèque de toute la journée!

Personnel

J’assurais la gestion et la promotion de la bibliothèque. Les activités de lecture et une présence permanente à la bibliothèque étaient assurées par César, dont je salue l’extrême générosité et le dévouement, un jeune homme passionné par les enfants. Son « salaire » était payé à même les fonds générés par la bibliothèque.

L’entretien du local était généralement effectué par le personnel de la bibliothèque.

Fréquentation

Les périodes de fréquentation les plus occupées étaient celles du mercredi et du samedi, moments où les enfants n’ont pas d’école. Le dimanche étant pour plusieurs le moment d’aller à l’église et de se reposer, il s’est vite avérer inutile d’ouvrir le dimanche.

Les données statistiques compilées nous ont permis de constater que le nombre de visites mensuelles à la bibliothèque de Treichville était supérieur à celui de la Bibliothèque nationale d’Abidjan.

Activités

La lecture personnelle se faisait sur place. Pour les usagers qui avaient des travaux à effectuer, ce mode de fonctionnement offrait l’assurance de trouver les documents recherchés plutôt que des rayons vides. Ces usagers ne se déplaçaient donc pas inutilement.

Heure du conte

Pour les enfants, c’était l’occasion de se faire lire une histoire. L’animation de la séance permettait aux enfants :

bullet D’acquérir du vocabulaire;
bullet De développer leur attention;
bullet De développer leur mémoire;
bullet De s’exprimer verbalement;
bullet De développer leur intérêt pour la lecture.

Des certificats de compétence étaient délivrés à la fin de la séance pour permettre :

bullet Aux enfants, de faire le point sur leurs compétences;
bullet Aux parents, de mieux apprécier le travail fait à la bibliothèque.

 Informatique

Des cours privés d’informatique étaient offerts aux clients, moyennant un tarif horaire. Ils avaient pour but d’initier à l’utilisation de deux logiciels, un traitement de texte et un tableur. Des demandes nous ont amenés à offrir aussi des sessions de perfectionnement. L’avantage de notre formation était de mettre les clients en contact avec l’ordinateur. Il n’y avait pas de cours théoriques, seulement des cours pratiques. Cela permettait des progrès rapides, tant chez les enfants que chez les adultes.

Activités éducatives

Les activités éducatives s’adressaient aux enfants. Elles avaient pour but de développer leur attention, leur motricité fine et leur créativité. Les contributions demandées permettaient de couvrir les dépenses du matériel requis pour les activités, à savoir, photocopies, ciseaux, colle, crayons de couleur, papier de bricolage, etc. Les enfants étaient libres de partir à la maison avec leurs travaux ou de les afficher à la bibliothèque.

Alphabétisation

Des cours d’alphabétisation ont été proposés, mais la durée du projet-pilote ne nous a pas permis d’approfondir ce volet et de développer une stratégie qui aurait pu permettre d’attirer et de motiver la clientèle.

Néanmoins, nous savons que les contraintes horaires et les contraintes financières rendent difficiles l’accès à des cours d’alphabétisation, notamment en ce qui concerne les femmes. Il apparaît également que les meilleurs candidats à l’alphabétisation sont ceux qui ont un but à atteindre et pour lequel l’alphabétisation est un préalable.

Radio

Des enfants qui venaient régulièrement à la bibliothèque et qui participaient de manière intéressante aux activités de lecture ont eu l’occasion de prendre part à des émissions de diffusées par Cocody FM. C’était là l’occasion pour ces enfants :

bullet De connaître comment se fait une émission de radio (et peut-être pour certains d’envisager une carrière dans ce domaine plus tard);
bullet De s’exprimer verbalement;
bullet D’être écoutés et valorisés;
bullet De recevoir des cadeaux (petit-déjeuner, livres, sacs à dos).

L’activité donnait aussi une visibilité plus grande à la bibliothèque.

Stage

La bibliothèque a accueilli deux stagiaires de 1ère en provenance de l’IPAC (Plateau). Ce stage leur a permis de connaître diverses manières de gérer la disposition des collections dans une bibliothèque, de mettre en pratique les notions liées au classement des livres (alphabétique et Deway), de manipuler l’outil informatique (saisie de données), d’analyser le contenu des livres et des magazines afin d’en dresser des résumés pertinents pour les clients, d’aider les clients à trouver les ouvrages dont ils ont besoin ou de leur proposer des ouvrages pertinents à leurs demandes, et de faire les abonnements.

Promotion de la bibliothèque

La promotion de la bibliothèque s’est d’abord faite dans les écoles. À cet égard, les directeurs d’école et les enseignants ont toujours offert leur appui en permettant que nous allions dans les classes pour parler de la bibliothèque et de ses activités. Il fallait y aller régulièrement afin de recruter de nouveaux clients.

Le bouche à oreille a aussi contribué à faire connaître la bibliothèque.

À la demande de certains enfants, nous allions parfois rencontrer des parents qui ne comprenaient pas ce qu’était une bibliothèque (souvent confondu avec une librairie). Dans d’autres cas, et cela est tout à fait formidable, ce sont les parents qui accompagnaient les enfants pour voir de quoi il s’agissait exactement.

Notre plus grand regret est de ne pas avoir su attirer les enseignants. Plusieurs invoquaient le fait qu’ils ne résident pas à Treichville et que la durée de leur trajet pour rentrer à la maison ne leur laisse pas de temps pour venir à la bibliothèque.

Nous avons aussi procédé à plusieurs distributions de feuillets pour présenter la bibliothèque et ses activités. Nous tenons à remercier ici La Libraire de France de Treichville pour avoir accepter de distribuer ces feuillets à ses clients.

Une annonce a été publiée gracieusement dans le journal Top Visages.

Nouvelles acquisitions

La bibliothèque a pu acquérir de nouveaux ouvrages au cours de ses opérations. Les acquisitions avaient pour but de répondre à des besoins spécifiques exprimés par les clients et d’africaniser le fonds, qui étaient essentiellement occidental.

Les acquisitions ont été faites selon deux modes :

bullet Des achats à partir des fonds générés par la bibliothèque;
bullet Des dons de la part de particuliers, des Éditions CEDA, du Centre culturel français, du magazine Univers Jeunes et de la revue Planète Enfants.

Mes facteurs de motivation

Les facteurs de motivation présentés ci-dessous se veulent des témoignages de l’importance que revêt la bibliothèque pour la population de Treichville.

bullet Pendant presque toute la durée du projet, nous n’avons pas eu accès aux toilettes dans le bâtiment où se trouvait la bibliothèque. Il nous fallait donc faire des pauses à des heures précises afin d’amener les enfants aux toilettes qui se trouvaient au Service des loisirs. Or, les enfants (environ 25, parfois plus) étaient d’un calme absolu lors des déplacements et leur silence en faisant la file ne laissait pas soupçonner leur présence au Service des loisirs. Pour nous, cela était fort indicatif de l’intérêt porté par les enfants à la bibliothèque. En effet, sans ce silence, les enfants savaient qu’ils risquaient de ne plus avoir accès à la bibliothèque si le personnel du Service des loisirs ou les locataires de la SOPIM se plaignaient de leur comportement.
 
bullet J’ai trouvé un groupe de jeunes d’environ 13 à 16 ans qui fumaient dans la cour de la SOPIM. On aurait dit des voyous. Je leur ai dit que ça me fait toujours mal de voir de jolis jeunes hommes plein de vie fumer, et leur ai demandé d’écraser leurs cigarettes et de me suivre. Ce qu’ils ont fait, sans même protester ! Ils ont passé plus de deux heures à la bibliothèque à lire et à échanger sur leur lecture. Ils n’avaient plus rien des jeunes voyous que j’avais trouvés dans la cour un peu plus tôt. J’ai alors été convaincue que si la bibliothèque pouvait être une occasion d’occuper les jeunes, la criminalité pouvait diminuer dans la Commune.

ET DEMAIN ?

L’intérêt de la population de Treichville , notamment celui des enfants, ces citoyens de demain autour desquels nous avons organisé la majorité de nos actions, pour une bibliothèque a été bien palpable tout au long du projet-pilote, soit 10 mois. Plusieurs mois après la fin du projet, des enfants et des citoyens continuaient de s’informer du moment à partir duquel nous reprendrions nos activités.

Mon souhait est donc très grand de pouvoir ouvrir à nouveau les portes de la bibliothèque de Treichville. Je désire également que le volet bibliothèque mobile puisse être mis sur pied afin de pouvoir toucher un plus grand nombre de jeunes et d’enseignants, directement dans les écoles, et d’avoir un impact positif sur la Côte d’Ivoire.

remerciements

Les Sœurs de la Charité de Québec, dont Sœur Rachel Thiboutot
Les donateurs de livres ou d’énergie
La compagnie Rougier, à Montréal, et Rougier Afrique, à Abidjan
Le personnel de la Mairie de Treichville, entre autres Aly Tiero, monsieur Samuel et les dames du Service des Archives, les hommes des Services techniques
César pour ses lectures aux enfants
Jean-Jacques pour sa disponibilité, son talent en peinture et ses conseils

 

Aux enfants de Treichville

 

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